
En préparant une résidence d’une journée dans un collège sur le thème de l’inceste et « comment dire la violence au théâtre ? » pour un projet de création théâtrale auquel je participe avec une compagnie de théâtre, j’ai été frappée, lors de cette préparation et de la rencontre avec les enseignants et l’administration, par une forme de militantisme bien présente, bien marquée, mais qui est là en sourdine, comme intrinsèquement inhérente à tout combat pour faire entrer la culture dans les établissements scolaires, presque sans faire de bruit. Etonnant, non ? Les organisateurs, dévoués corps et âmes à leurs élèves et convaincus du bienfait de la démarche artistique au sein d’un collège, restent convaincus, et c’est tant mieux, qu’une action de la sorte : « faire entrer le théâtre dans un établissement scolaire », est une démarche indispensable parce que « faire entrer le théâtre dans les établissements scolaires », c’est faire entrer la culture, c’est la poser à portée de main des élèves qui n’auront qu’à la tendre pour se servir, ou presque. Là, on inverse un processus, on le renverse, on le déplace, on le bouscule !
Qu’est-ce qu’on attend dans ce type de projet ? bien-sûr, que les élèves s’investissent et s’impliquent dans une démarche créative, qu’ils prennent la parole pour « dire » et ça, ce n’est pas rien quand même. On imagine ? donner la parole une journée entière à des enfants, des adolescents, nos futurs adultes, de futurs citoyens, comme l’ont si justement rappelé un des enseignants et la Principale adjointe, un « devoir de citoyen ». Entrer dans un acte politique qui consiste à montrer aussi en parlant d’inceste et de violence, que le monde ne tourne pas rond, mais pas rond du tout, et qu’en dehors des réseaux sociaux, et sans stigmatiser, il existe un autre monde, non pas celui des fées que je chérie, mais celui de la culture, du théâtre aux vertus si bénéfiques quand il peut être pratiqué dans des conditions meilleures, et le théâtre, c’est un lieu, alors amenons ce lieu là où il a raison d’être.
Non, ce n’est pas un appel, mais un constat admiratif qu’il existe dans ce « mammouth » pas encore dégraissé, qu’est l’Education Nationale, des personnes qui se battent pour que des projets existent, qui attendent que ces projets, « ça fasse bouger les élèves, même si c’est pas grand-chose », pourvu que ça bouge. Et quand on les écoute, ces personnes militantes, presque sans le savoir, on se rend compte à quel point et peut-être même, sans qu’elles s’en rendent compte_ j’insiste et on leur demandera_ à quel point donc, leur vision, leur discours sur cette résidence tape en plein cœur sur les problèmes que posent désormais l’accès à la culture dans les établissements scolaires et peut-être même l’accès à la culture tout court. On est face à un engagement fort, mais cet engagement est tellement naturel chez celles et ceux qui le pratiquent, qu’on en oublierait presque tous les efforts qu’il demande. Mais non ! mais si, si, il faut parler de la démarche, de l’attente depuis septembre pour la mise en oeuvre, de l’organisation d’une telle résidence, un jour, une centaine d’élèves … vous imaginez ? Non, on n’imagine pas ! Il faut y être.
Moi, ça me rappelle, moi ! jeune enseignante en collège en zone rurale, prenant un abonnement pour des élèves de 3ème à l’opéra, 4, oui 4 élèves ! et les conduisant moi-même en voiture à cet opéra et ce n’était qu’un début. Oui bien évidemment, je ne suis pas la seule à avoir agi pour le bien de …, mais à présent, que j’ai quitté mes fonctions dans l’Education nationale et en réponse tardive à une personne qui prônait dans un lycée de centre-ville, l’idée qu’il fallait sortir les élèves de l’établissement scolaire pour aller au théâtre … oui facile, mais pas tant que ça quand même ! car tout montre que l’inverse est aussi une option à ne pas négliger parce qu’il existe une population qui vit parfois entre ses murs et qui trouverait là, une voie, une connaissance, une reconnaissance qui peut changer des vies, n’ayons pas peur des mots.
Voilà, fin du billet, et alors qu’aujourd’hui, je pourrais tranquillement lire Proust, partir à la recherche du temps perdu, et peut-être par miracle, le retrouver, je continue et continuerai toujours à aller vers …
Parole située 1 du 22 avril 2026_Isabelle Roux-Lalisban
Illustration_ Arthur au château de Laudine_Chrétien de Troyes_Yvain ou le Chevalier au lion_Vers 1176_ Date d’édition : 1301-1350
Source : Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. Français 1433

