Ecriture et Imaginaires médiévaux

Ecriture et Imaginaires médiévaux

Ki de bone mateire traite,

Mult li peise si bien n’est faite.

Oëz, seignurs, ke dit Marie,

Ki en sun tens pas ne s’oblie.[1]


Recherche en Littérature médiévale

Isabelle Roux-Lalisban a consacré sa recherche en littérature médiévale à l’étude des « Personnages féminins de l’Autre Monde dans la Littérature bretonne du XIIème siècle ». Ce travail lui a permis d’explorer des formes narratives et des langues anciennes, des imaginaires fondateurs et des manières de dire le monde où la parole, le récit et la mémoire sont étroitement liés.

Cette analyse des textes médiévaux_ où sont développés un imaginaire ancré dans la mythologie celtique, les récits de la cour du Roi Arthur et ces célèbres figures féminines de l’Autre Monde, ces fées « à la lèvre vermeille et au brun sourcil »_ inspire un travail plus élargi qui entre en résonnance avec un espace de réflexion sur ce que raconte une histoire, sur ce qui se transmet à travers elle, et sur la façon dont les récits, qu’ils appartiennent au patrimoine culturel folklorique ou qu’ils soient retranscrits, circulent entre les siècles, les voix et les corps.

Une recherche qui traverse l’écriture

Cette exploration de la littérature médiévale, continue aujourd’hui de nourrir un travail d’écriture. Elle permet de s’intéresser de très près aux structures narratives, aux rythmes de la langue, à la place de l’oralité et à la dimension presque performative du texte en s’interrogeant, et ce depuis longtemps, sur le pouvoir de la parole et sur les résurgences de cette parole.

Le théâtre, vecteur essentiel pour dire, entre dans le prolongement de cette parole et apparaît comme un lieu où ces strates de récits peuvent se rejouer autrement : non plus seulement dans la lecture ou l’analyse, mais dans la voix, le souffle, la présence.

Du texte ancien à la scène contemporaine

Le travail artistique cherche alors à s’inscrire dans ce va-et-vient entre les textes anciens et les formes contemporaines. Il s’agit moins de “faire retour au médiéval” que de laisser résonner, dans le présent, des manières anciennes de raconter, de dire et de transmettre. Dans cette perspective, les récits médiévaux, par leur densité symbolique et leur rapport au merveilleux, sont une matière dans laquelle il s’agit de puiser car ils continuent d’ouvrir des espaces d’imaginaire qui traversent les créations, les écritures et des projets de scène.

Une matière vivante

Cette recherche n’est pas un savoir clos, elle s’appuie sur une approche sensible de la mémoire, des récits et des lieux comme matière vivante de créations qui traversent le temps. Elle met en mouvement une réflexion qui continue de se transformer au contact du théâtre, des récits et des voix rencontrés dans les projets de création qui ne demandent qu’à être déclinés sous divers formats capables de répondre aux interrogations du monde d’aujourd’hui. Donner du sens, avancer dans des perspectives où les récits d’hier façonnent, selon une dramaturgie et une théâtralité pensées et réfléchies, ceux d’aujourd’hui et toujours dans cette perspective où il s’agit d’entrer en dialogue avec le présent des territoires dans lesquels ils prennent forme.

Un axe de travail

Ces perspectives de recherche constituent l’un des axes de travail de La Compagnie qui entrent en résonnance avec les créations, notamment celle en cours, Cendrillon de Joël Pommerat.

Découvrir Cendrillon

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Ce travail prend forme dans des écritures, des mises en voix et des dispositifs de plateau où langues, formes et imaginaires issus du médiéval viennent travailler les récits et les voix d’aujourd’hui.


[1] Les Lais de Marie de France ; Lai de « Guigemar », Vers 1 à 4 , 1160-1180, BnF, bibliothèque de l’Arsenal.

Illustration bannière : Enluminure « Marie de France écrivant », BnF, bibliothèque de l’Arsenal, Ms. 3142 fol. 256.